La liberté est souvent comprise et vécue comme la capacité de faire ce que l’on veut. Nous avons l’impression que la personne qui a la possibilité (physique et/ou intellectuelle) d’agir comme bon lui semble est libre.
Cela revient à définir la liberté par l’absence d’obstacle ou de contrainte extérieure. Il est possible en ce sens de dire qu’un animal est libre, s’il n’est pas en cage ou dans un parc délimité. Dans ce cas, ses mouvements ne sont pas empêchés, et il peut se rendre où il veut.
L’expérience de la liberté est intimement lié aux mouvements non-contraints. Nous nous sentons prisonniers quand nous ne pouvons pas bouger ou nous déplacer. C’est la possibilité de pouvoir utiliser son corps spontanément et sans entrave qui nous donne l’idée première de la liberté.
On pourrait généraliser à partir de là, en disant que la liberté découle de l’expression des possibilités de notre organisme. Elle s’apparente alors à la spontanéité, c’est-à-dire aux actes qui viennent de nous et qui sont l’expression de nos besoins ou de nos désirs. Reste qu’une difficulté surgit : si nous ne contrôlons pas ces actes, ni nos désirs et nos besoins, la spontanéité apparaît comme une réaction et un réflexe. Or par définition, une réaction est causée par un événement antérieur. De ce point de vue, celui qui fait ce qu’il aime est en fait soumis à lui-même, puisqu’il ne décide pas de ses goûts et de ses besoins. L’exemple d’une personne qui aime fumer mais souhaiterait arrêter, laisse ainsi penser qu’on peut faire ce qu’on désire, tout en subissant ses propres désirs.
Une autre définition de la liberté, en contradiction apparente avec la première, la ramène à l’autodiscipline ou, comme le disent les britanniques, au « self-control » (la capacité à se maîtriser soi-même). Au fond, que la contrainte soit intérieure ou extérieure, cela ne change rien. Dès que nous subissons un événement et que notre comportement est déterminé par des causes, il paraît sensé de dire que nous ne sommes pas libres. Ainsi l’avare est esclave de sa pulsion d’accumulation, tout comme une employée pauvre est esclave de son patron de qui elle dépend pour vivre. Faire ce que l’on veut, au sens strict, cela ne veut pas dire faire tout ce dont on a envie, mais ce que nous choisissons consciemment, en connaissance de cause (la volonté est liée à nos facultés intellectuelles).
La personne libre ne subit pas ses propres désirs. Au contraire, elle est capable de prendre ses distances avec eux. Pour des raisons morales, elle peut faire ce qui ne lui plaît pas, ou au contraire ne pas faire ce qui lui plaît. La liberté est liée dans cette perspective à la moralité, entendue comme le pouvoir d’agir contre ses propres inclinations, afin de faire son devoir. Nous nous sentons libres quand nous faisons ce qu’il nous plaît, mais en réalité il y a bien des situations où ce dont j’ai envie ne correspond pas à ce que je sais être bien pour autrui ou moi-même. Être véritablement libre suppose parfois de s’imposer des actes qui ne nous procurent pas de bien-être, mais un certain bien ayant une valeur morale.
La liberté n’est donc pas le caprice, mais la capacité à se déterminer. C’est une force intérieure liée à la conscience et la raison, par laquelle nous parvenons à nous contrôler. Au sens fort, faire ce que je veux, cela signifie agir rationnellement. Si l’on définit la raison comme la faculté intellectuelle et pratique par laquelle nous pouvons nous donner une règle de conduite ayant une valeur universelle, on peut penser avec Kant qu’elle est au principe de notre liberté. C’est grâce à elle que nous pouvons envisager notre action, en nous demandant si elle pourrait être suivie comme une règle universelle. Par exemple, le vol : même le voleur est obligé d’admettre que si tout le monde reconnaît le vol comme légitime, alors la propriété privée n’existe plus, et dans ce cas il n’est plus possible de voler (la règle : « il est permis de voler » est donc contradictoire).
Kant parle d’ « impératif catégorique » pour désigner la voix de la raison en nous. Selon lui, il s’agit d’un fait : les êtres humains sont rationnels, et il suffit qu’ils s’écoutent pour savoir comment agir. Cela nous paraît paradoxal qu’on puisse être libre en obéissant à un commandement contraire à nos inclinations, mais dans la mesure où ce commandement est une loi que l’on se donne, le paradoxe se dissout. Contrairement à la soumission, l’obéissance ne suppose pas de se plier à une autorité extérieure ; l’obligation est une règle qui a du sens, et que nous acceptons parce que nous la comprenons.
Sur un plan politique, ce raisonnement possède également du sens. En effet, quand on prend en compte la pluralité des êtres humains, nous pouvons dire qu’ils sont libres quand ils formulent eux-mêmes les lois (entendues au sens de règles communes) qui les gouvernent. C’est en ce sens que Rousseau dit: « l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté. » (cf. texte de Rousseau) Dans le type de régime qui est celui de la France actuelle, à savoir une démocratie représentative, les citoyens délèguent à des professionnels leur pouvoir de faire la loi. Si la représentation est imparfaite, il arrive que les lois ne concordent pas avec la volonté générale: nous sommes alors contraints de les respecter même si elles n’émanent pas de nous. Mais dans un État véritablement démocratique, où ils seraient à la fois les producteurs et les sujets des lois, il serait impossible que les lois nuisent à leur liberté, puisqu’elles seraient l’expression de leur volonté.
Finalement, tant au plan individuel que politique, notre liberté s’accomplit quand nous prenons notre vie en main, et cessons de subir les événements ou des chefs croyant savoir ce qui est bon pour nous. Cela implique un travail permanent pour apprendre à se connaître, savoir ce que l’on veut, et se défaire des influences extérieures. Ainsi nous devons sans cesse conquérir notre liberté, sans attendre qu’on nous la donne.
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