LA SCIENCE

La science (au singulier) désigne l’ensemble des connaissances humaines accumulées par l’humanité depuis qu’elle est capable de transmettre, par l’oral ou par l’écrit, ce qu’elle a appris sur la réalité. La science est le résultat de nos tentatives et de nos efforts pour comprendre et expliquer ce qui nous entoure (la réalité extérieure) et ce qui nous anime (la réalité intérieure). Elle englobe de nombreux domaines plus ou moins articulés entre eux.

Les sciences (au pluriel) correspondent aux théories et aux connaissances qui portent sur des réalités distinctes. L’effort pour connaître la réalité s’est diffracté, au cours de notre histoire, en de multiples sciences qui ont chacune un champ d’étude et un type d’objet. La physique étudie la matière inanimée, la biologie les êtres vivants, la psychologie l’esprit humain, la sociologie les sociétés humaines, etc. L’objet étudié est délimité par sa science, et en retour celle-ci se définit par rapport à lui, en inventant des outils et une méthode qui lui sont adaptés.

L’existence d’une science de la réalité en général pose problème. La philosophie, qui au départ n’était pas distincte des sciences, peut être considérée à l’origine comme une telle science globale. Les premiers philosophes, et notamment Aristote, ont cherché à formuler une « science de l’être en tant qu’être » qu’ils nommaient « ontologie » (« discours sur l’être » en grec ancien). Plutôt qu’une science suprême, l’ontologie est l’horizon de toute science, dans la mesure où la réalité constitue une totalité dont les éléments sont en relation.

Dans les faits, la science est désormais fragmentée en de multiples sciences. Le point commun entre elles étant qu’elles cherchent toutes à formules des croyances vraies sur la réalité. Une croyance est vraie, si elle correspond à ce qui est. Mais cela n’est pas suffisant : pour qu’une croyance soit scientifique, il faut également qu’elle soit justifiée, par une preuve empirique ou un raisonnement logique. Ce n’est plus en ce sens une simple représentation du monde, puisqu’elle est appuyée sur des expériences (simples observations ou expérimentations plus élaborées) et des raisonnements, mais un véritable savoir.

Cela permet de comprendre le statut particulier des théories scientifiques. Elles peuvent apparaître au premier abord comme des croyances parmi d’autres, qui évoluent dans le temps et sont parfois fausses ; mais elles sont différentes en ce sens où les scientifiques cherchent constamment à les tester et les améliorer en les confrontant à l’expérience (mathématiques mises à part). Une théorie scientifique est précisément une théorie qui peut être réfutée par l’expérience. Dès lors qu’une seule expérience vient contredire une théorie, celle-ci n’est plus acceptable. C’est pourquoi les scientifiques cherchent à formuler des énoncés et des hypothèses qui peuvent être confrontées aux faits (texte de #Popper)

Certes, il y a une différence entre les sciences de la nature, qui peuvent mettre en place des expérimentations reproductibles, et les sciences humaines, dans lesquelles il est difficile d’expérimenter pour des raisons éthiques, et aussi parce qu’elles portent sur des événements uniques (l’histoire notamment). Mais dans tous les cas, il s’agit de mettre en rapport nos conceptions et les faits, pour voir s’ils sont en accord.

Sur ce point, une difficulté apparaît. Pour savoir ce qui est, il faudrait avoir un accès direct à la réalité (cf. la vérité). Mais nous sommes contraints de nous fier à nos cinq sens pour établir les faits. Or ceux-ci ne nous transmettent qu’une infime partie des données du monde physique. Par ailleurs, notre cerveau analyse les informations sensibles et nous en donne une image particulière. Notre expérience du monde est donc toujours partielle et interprétative. Les théories scientifiques sont censées être des croyances rationnelles, élaborées selon des règles logiques et des méthodes rigoureuses. Mais malgré leur rigueur et leur précision, on ne peut être parfaitement certain qu’elles sont vraies (car nous n’avons pas d’accès direct à ce qui est). Cela fait dire à Nietzsche que la science n’est qu’une gigantesque illusion : nous pensons savoir ce que sont les choses, mais en fait nous ne faisons que forger des concepts qui sont utiles pour manipuler les choses (texte de #Nietzsche).

Sans aller jusque là, il faut admettre que l’expérience ne permet jamais de vérifier parfaitement une théorie. Un fait peut renverser une théorie, c’est-à-dire montrer qu’elle est fausse, mais non établir sa vérité. Prenons en effet les énoncés suivants :

* lorsqu’il pleut, la route est mouillé
* or la route est mouillé
* donc il pleut

Ce raisonnement est faux, car il se pourrait que la route soit mouillée pour d’autres raisons qu’une pluie. Or ce raisonnement a la même forme que le raisonnement suivant qui fonde la méthode expérimentale :

* si la théorie T est vraie, alors on devrait observer X
* or on observe X
* donc T est vraie

La conclusion, en toute rigueur, devrait être : « donc T est probablement vraie ». Car il se pourrait qu’une autre théorie que la théorie T explique X. Il ressort de cet argument que les sciences ne produisent pas des certitudes absolues, mais des certitudes relatives. Elles tendent vers la vérité, sans que nous puissions être parfaitement sûrs de l’avoir trouvée. Cela ne veut pas dire qu’il faut disqualifier les théories scientifiques et les considérer comme de simples croyances, plutôt qu’il faut reconnaître les limites de notre savoir, et être prudent dans nos affirmations.

Même si elle ne nous donne pas accès à des vérités absolues, les sciences nous confèrent un pouvoir sur la nature sans précédent, qui les distinguent des autres théories. En effet, elles posent des relations de cause à effet entre les choses: étant donné l’événément A, l’événement B doit arriver. C’est le principe du déterminisme, qui affirme que tout événément naturel a une explication. Or cette manière de penser nous permet de faire des prédictions. Par exemple, étant donné la position d’une planète à un moment donné et les lois de la gravitation, on peut prédire où elle sera dans un an. Les théories scientifiques se prolongent ainsi dans des applications techniques. En comprenant les mécanismes de la nature, nous acquérons du pouvoir. C’est pourquoi il est possible d’affirmer que la science est « l’ensemble des recettes qui réussissent toujours » (Paul Valéry). Même si nous ne savons pas exactement pourquoi, les succès pratiques des sciences ne cessent de renforcer leur crédibilité.


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